Musique Georges Bizet
Livret original Henri Meilhac, Ludovic Halévy
Musiques additionnelles Didier Puntos
Adaptation du livret Ecriture originale Catherine Verlaguet
Adaptation musicale Gilles Dumoulin
Direction musicale Gilles Dumoulin, Didier Puntos
Mise en scène Olivier Letellier
Costumes Augustin Rolland
Avec Teddy Bogaert, Luc Dhenin, Marie Le Normand, Perrine Livache, Arthur Pérot, Elsa Roux Chamoux, Les Percussions Claviers de Lyon, L'Atelier chant du Théâtre direction : Roberto Graiff
Production déléguée Théâtre Edwige Feuillère
Coproduction Tréteaux de France CDN, Percussions Claviers de Lyon
Tout le monde connaît Carmen.
Ses airs sont devenus des tubes que nous fredonnons tous.
Mais entendons-nous encore ce qu’ils racontent ?
Au fil de l’opéra, un duo de narrateur·ices nous plonge dans l’histoire de Carmen. Peu à peu, les questions soulevées par l’oeuvre résonnent dans leur propre vie. Entre les scènes surgit l’histoire de deux êtres d’aujourd’hui qui cherchent à comprendre comment s’aimer, héritiers de récits transmis de génération en génération sans être requestionnés.
Ce nouveau regard sur Carmen propose une expérience itinérante au plus près des publics. Dans les villages, la mairie devient la taverne de Lillas Pastia, la place se transforme en arène… Les spectateur·ices circulent avec les artistes, au plus près des corps, des voix et de l’action, au coeur d’un opéra à ciel ouvert. La musique de Bizet est là, les grands airs sont là, le récit aussi.
Depuis plus d’un siècle, Carmen meurt sous nos regards silencieux.
Ce soir, applaudirons-nous encore la mort, ou enfin l’amour ?
Carmen est sans aucun doute l’un des opéras les plus populaires, les plus fredonnés à travers le monde.
Une oeuvre qui déborde des scènes lyriques, traverse les cultures, s’imprime dans tous nos imaginaires.
On reconnaît ses airs dès les premières notes. Et pourtant, l’histoire elle-même, on ne l’écoute pas vraiment.
On la connaît peu.
On la reçoit comme un classique, et on la transmet sans la questionner.
Avec Catherine Verlaguet, nous avons voulu revenir au coeur battant de ce mythe. Revenir à ce qu’il dit — et continue de faire résonner — depuis cent cinquante ans.
L’idée n’est pas de l’adapter à notre époque, mais de le faire traverser notre présent. Raconter son histoire pour comprendre ce qu’elle dit de nous, aujourd’hui.
Faire entendre autrement ce que l’opéra, jusque-là, aurait laissé dans l’ombre.
Carmen est un oiseau rebelle qui meurt (toujours). Elle meurt d’avoir voulu vivre libre. D’avoir affirmé un désir qui ne se plie pas. Une autonomie qui ne se marchande pas.
Elle meurt parce qu’elle refuse. Parce qu’elle quitte. Parce qu’elle dit non.
Et cette mort, encore aujourd’hui, se raconte comme une histoire d’Amour…
Ce n’est pas un amour trop fort. C’est un rapport de force. Ce n’est pas un destin tragique. C’est une mise à mort.
Celle d’une femme que l’on tue parce qu’elle n’aime pas comme on l’attend d’elle.
Nous proposerons une version resserrée de l’oeuvre, centrée sur Carmen, Micaëla, Don José et Escamillo, pour piano et percussions. La musique de Bizet gardera toute sa puissance, sa tension, sa beauté brute. Le choix radical de cette orchestration impulsera un battement direct — du rythme du coeur au rythme de l’amour.
Chaque soir, dans un village devenu scène, nous inviterons les habitants à un opéra promenade : un cheminement de lieu en lieu, d’une place à une rue, du parvis de l’église à la cour d’école.
L’histoire viendra troubler le quotidien. Elle déplacera leurs regards de spectateurs sur ce que les habitants croyaient connaître. Elle fera surgir une mémoire nouvelle dans des lieux ordinaires. Elle circulera entre les pierres pour interroger ce qui s’y joue chaque jour.
Un narrateur, et une narratrice venue du public, porteront les fils du récit. Leurs interventions proposeront une version condensée de l’opéra : fidèle, mais accessible à toutes et tous, et à tout âge.
Ils raconteront l’histoire, dans sa continuité et dans ses manques.
Ils feront entendre, entre les scènes chantées, le récit des moments écartés.
Traversés par la fiction, ils seront les passeurs d’une écoute sensible, les voix contemporaines qui refusent de traverser ce récit sans en peser les mots. Ils nous demanderont : Est-ce qu’on peut encore raconter cette histoire comme ça ? Est-ce qu’on le veut encore aujourd’hui ?
Peu à peu, leurs propres souvenirs, leurs blessures et leurs interrogations entreront en résonance avec l’histoire. Ils accompagneront les spectateurs dans cette traversée, avec le désir de faire récit autrement. Ils seront les questionnements au présent, des publics qui veulent comprendre et résister, celles et ceux qui veulent transmettre autrement.
Un choeur amateur accompagnera la création. Présences collectives vibrantes, engagées dans le geste, la mémoire, l’écoute. Ils porteront les voix multiples de cette histoire : celles qui observent, celles qui savent, celles qui se souviennent, celles qui, aujourd’hui, refusent de détourner les yeux. Ils diront combien cet opéra appartient à tout le monde.
Le spectacle ne s’achèvera pas sur la fin tragique.
L’image finale ne sera pas une scène de mort, mais un nouvel espace possible.
Il offrira une autre vision de l’histoire : un moment partagé, populaire et lumineux.
Un espace imaginaire où l’élan amoureux se vit sans domination, sans punition et sans peur.
Comme une célébration de la liberté.
Une invitation à danser au bal de l’amour.
Nous n’inventerons pas une Carmen nouvelle.
Nous chercherons simplement à l’écouter différemment.
À entendre ce qu’elle nous disait déjà, mais que nous n’étions pas prêts à recevoir.
Et à chanter avec elle, pour ne plus briser les oiseaux.
Ces oiseaux, ce sont toutes les Carmen qu’on a fait taire.
Ce sont les voix coupées, les corps contraints, les désirs niés.
Celles qu’on a regardées tomber sans jamais interroger le vent.