BRITANNICUS

Jean Racine (texte intégral) - Mise en scène de Robin Renucci - Création juillet 2020

Distribution et équipe artistique

Avec Tariq Bettahar (Néron), Nadine Darmon (Agrippine), Thomas Fitterer (Narcisse), Louise Legendre (Junie), Christophe Luiz (Britannicus), Stéphanie Ruaux (Albine) et Julien Tiphaine (Burrhus)

Résumé

Trahison au pouvoir - Tragédie du pouvoir - La naissance d’un tyran.

« Néron est l’homme de l’alternative ; deux voies s’ouvrent devant lui : se faire aimer ou se faire craindre, le Bien ou le Mal. […] Dans Néron, le Mal va se fixer. Et plus encore que sa direction, c’est ce virement même qui est ici important : Britannicus est la représentation d’un acte, non d’un effet. L’accent est mis sur un faire véritable : Néron se fait, Britannicus est une naissance. Sans doute c’est la naissance d’un monstre ; mais ce monstre va vivre et c’est peut-être pour vivre qu’il se fait monstre. » - Roland Barthes

Production : Tréteaux de France - Centre dramatique national 

Contact production / diffusion :
Jenny Suarez 
jenny.suarez@treteauxdefrance.com
01 55 89 12 58 

 

L’intrigue de Britannicus est une prise de pouvoir extraite de l’histoire romaine. Ce coup de force permet l’émancipation et l’affirmation d’une personnalité, celle de Néron, futur empereur mégalomaniaque, placé sur le trône par les manoeuvres de sa mère, Agrippine. Dans la tragédie de Racine, les décisions politiques s’entremêlent aux pulsions libidinales de Néron, tout jeune adulte, à son sentiment brutal à l’endroit de Junie, la promise de son frère, Britannicus, « belle, sans ornements, dans le simple appareil / D’une beauté qu’on vient d’arracher au sommeil. » Les luttes pour le pouvoir politique et sa passion naissante révèlent la véritable nature de Néron et son basculement vers sa personnalité profonde. Racine crée des personnages complexes qui donnent de la nature humaine une vision sans concession.

La mise en scène de Robin Renucci, dans une scénographie luxueuse et dépouillée, abandonne les distances théâtrales pour un jeu très concret, voire violent, qui met en avant l’âpreté des conflits politiques, la versatilité mafieuse des alliances familiales et la violence sexiste et sexuelle. Pour le metteur en scène, Britannicus est une pièce d’actualité, captivante et vive comme une série. Les spectateurs, placés au plus près des comédiens, sont tenus en haleine.

Biographie de l'auteur

Jean Racine

Issu d’une famille de petits notables de la Ferté-Milon - aujourd’hui dans l’Aine - et tôt orphelin, Racine reçoit à Port-Royal son éducation littéraire et religieuse. Se détournant d’une carrière ecclésiastique, il entreprend, jeune, de faire une carrière des lettres, en privilégiant la poésie et le théâtre tragique. Après La Thébaïde en 1664, le succès d’Alexandre le Grand, en 1665, lui confère une solide réputation et lui apporte le soutien du jeune roi Louis XIV (1638 – 1715). Andromaque, en 1667, ouvre une décennie de grandes créations qui voit, à côté d’une unique comédie (Les Plaideurs, 1668), représentées sept tragédies : Britannicus (1669), Bérénice (1670), Bajazet (1672), Mithridate (1673), Iphigénie (1674) et Phèdre (1677).

Le succès populaire, les querelles critiques, l’appui du roi et les faveurs à la cour de Madame de Montespan entraînent une ascension sociale et économique fulgurante de l’auteur : élu à l’Académie française en 1672, anobli en 1674, Racine abandonne en 1677 le « métier de poésie » pour briguer le « glorieux emploi » d’historiographe du roi.

Devenu l’un des courtisans proches du Roi-Soleil, il ne délaisse son travail d’historien que pour donner, à la demande de Madame de Maintenon, deux tragédies bibliques aux jeunes filles de Saint-Cyr : Esther (1689) et Athalie (1691) et pour écrire en secret un Abrégé de l’histoire de Port-Royal, retrouvé et publié après sa mort.

Le vaste travail historique auquel il consacre la majeure partie de ses vingt dernières années, l’histoire de Louis XIV, disparaît entièrement dans l’incendie de la maison de son successeur,

Biographie du metteur en scène

Robin Renucci

Comédien et metteur en scène. Il est élève à l’Atelier-École Charles Dullin à partir de 1975, avant de poursuivre sa formation au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique. Il joue au théâtre sous la direction, entre autres, de Marcel Bluwal, Roger Planchon, Patrice Chéreau, Antoine Vitez, Jean-Pierre Miquel, Lambert Wilson, Serge Lipszyc et Christian Schiaretti. Au cinéma, il tourne avec Christian de Chalonge, Michel Deville, Gérard Mordillat, Jean-Charles Tacchella, Claude Chabrol et bien d’autres. Il interprète de nombreux rôles pour la télévision, notamment celui d’un médecin de campagne dans la série Un Village français. En 2007, Robin Renucci réalise un premier long-métrage pour le cinéma Sempre Vivu ! Fondateur et président de L’ARIA en Corse, il y organise depuis 1998 les Rencontres Internationales de Théâtre en Corse. Il est par ailleurs professeur au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique. Nommé directeur du Centre dramatique national Les Tréteaux de France en 2011, il signe les mises en scène de Mademoiselle Julie d’August Strindberg en 2012, Le Faiseur de Balzac en 2015, L’Avaleur, d’après Other People’s Money de Jerry Sterner en 2016, L’Enfance à l’oeuvre en création au Festival d’Avignon 2017, La Guerre des salamandres de Karel Capek créé au festival Villeneuve en scène en 2018 et Bérénice en 2019. Il prépare actuellement sa prochaine création, Oblomov d’après Gontcharov.

Note d'intention

LE POUVOIR

"BRITANNICUS
Parlez. Nous sommes seuls. Notre ennemi trompé
Tandis que je vous parle est ailleurs occupé.
Ménageons les moments de cette heureuse absence.

JUNIE
Vous êtes en des lieux tout pleins de sa puissance.
Ces murs mêmes, Seigneur, peuvent avoir des yeux,
Et jamais l’empereur n’est absent de ces lieux."

Extrait Britannicus (acte 2 scène 6 )

Avec Britannicus, Racine choisit pour la première fois un sujet dans l’histoire de Rome et donc un sujet politique. C’est une pièce qui se veut à la fois classique et très en lien avec des questions d’actualité. La scénographie et le travail de mise en scène ont pour but d’explorer les rapports de pouvoir très violents entre les personnages. Ils se dévoilent de scène en scène, entre bien et mal, poussé par leur passion. Explorer le pouvoir c’est aussi parler de notre société, de l’actualité du thème politique : qu’est-ce que l’autorité ? qu’est-ce que le pouvoir ? qu’est ce qu’il représente ?

Dans Britannicus, le personnage de Néron est un monstre naissant, ce n’est donc pas encore un monstre. Il est pris en étau entre Burrhus et Narcisse, le bien et le mal et sa monstruosité va naître. Dans cet entre-deux, on passe d’un désir de pouvoir politique à un désir sexuel : la vision de Junie enchaînée, réveille les fantasmes de Néron. Entre pouvoir tyrannique et pulsionnalité de la libido, Britannicus parle de la violence des rapports humains pervertis par ce désir de pouvoir : on assiste à la naissance d’un tyran. C’est sur ces thèmes que l’on aborde l’oeuvre avec des costumes extrêmement simples mais qui donnent une notion immédiate du pouvoir par la prédominance des couleurs noire et argentée. Je veux mettre en avant la violence des corps et de la parole. La scénographie épurée de Samuel Poncet s’inscrit dans la retranscription des ateliers que nous avons mené aux Tréteaux de France autour des oeuvres de Racine qui s’appelaient Le simple appareil. Cette dénomination issue du texte de Racine synthétise bien le propos de la scénographie, une sorte de nudité du plateau et un luxe des quelques éléments de décors et des costumes qui viennent signifier le pouvoir tyrannique, pulsionnel, agressif.

LE JEU PAR LA PROSODIE

La recherche que nous menons consiste à déployer un minimum de moyens pour être dans une pureté de l’oeuvre qui est essentiellement dans les trois unités : de temps, de lieu et d’action. Nous nous situons dans une forme de recherche de luxe avec comme entrées la prosodie et le suspens. Les rebondissements de la pièce sont en effet particulièrement importants. Je veux instaurer une ligne de jeu qui permet aux spectateurs d’être tenus en haleine et d’accéder réellement à la profondeur de l’oeuvre via son langage. Le dispositif scénique très simple, en quadri-frontal participe de manière active à la naissance du suspens, lorsqu’un comédien parle, la langue et l’émotion qui en découle touche directement le public. Il n’y a plus de barrière entre les mots et l’émotion qu’ils transportent.