Roméo et Juliette

Création théâtrale de Serge Sandor

Distribution et équipe artistique

Collaboration artistique Nathalie Raphaël

avec les artistes des Tréteaux de France - Centre dramatique national

Décor et costumes Jean Bauer

Création à Nevers, Auxerre, Curgy, Paris...

Production : La compagnie du Labyrinthe avec le soutien de :

Les Tréteaux de France, C.D.N, direction  Robin Renucci, La ville de Nevers, Agglomération de Nevers (en cours), La MCCN de Nevers, FIPD Nièvre, DRAC Bourgogn, P.J.J Région Centre, Administration Pénitentiaire (en cours), La ville d’Auxerre et de Gurgy (en cours), Contrat de Ville de l’Auxerrois, Ministère de la Ville (en cours), FIPD Yonne (en cours), Conseil départemental de la Nièvre et de l’Yonne (en cours), Fondation France Télévisions, Fondation Sisley d’Ornano, Fondation Casino, Caisse des dépôts Bourgogne

Théâtres sur la Nièvre: La MCNN, Varennes-Vauzelles, Coulanges-les-Nevers, Stéphane Hessel.

Sur Paris : le 104, Théâtre de la Tempête…(en cours)

En région : Théâtre Dijon, Auxerre… (en cours)

 

 

 

Résumé

Ateliers d'art dramatique, chant, danse, décors, costumes... avec une centaine de jeunes issus de Centres sociaux, foyers, centres éducatifs, classes relais, instituts thérapeutiques, maison d'arrêt de la Nièvre et l'Yonne

 

 

 

Des enfants maltraités à « Roméo et Juliette » de Shakespeare

En 2010, je me retrouvais dans le Morvan suite à la thèse d’Emmanuelle Jouët, chercheuse en sciences sociales, pour travailler sur une terrible histoire de maltraitance sur des mineurs qui dura 10 ans et qui aboutit en 1911 à un procès à Avallon, où des adultes étaient pour la première fois condamnés pour maltraitance.

Nous avons joué la deuxième partie de la pièce « Les enfants des Vermiraux » dans le tribunal d’Avallon où un siècle auparavant avait eu lieu ce procès effacé de la mémoire collective et qui ressurgissait grâce à cette création théâtrale. (http://vermiraux.blogspot.fr/ + article de Boris Cyrulnik).

Je découvrais à travers cette thèse, qui devint un récit théâtral, d’abominables abus d’adultes sur les enfants des Vermiraux à Quarré les Tombes. Ont participé à cette création des jeunes d’un collège, d’une école amateur d’Avallon, 5 détenus lors du premier atelier mixte créé dans la prison de Joux la Ville, une dizaine de jeunes du foyer la Maison d’Auxerre et d’un centre éducatif. Nous avons joué 7 fois le spectacle, à Avallon, Quarré les Tombes et dans la prison de Joux la Ville.

Par la suite, le foyer la Maison comme le centre éducatif d’Auxerre ont souhaité sur 2012-2013 renouveler leur collaboration et ont entraîné avec eux d’autres foyers sur Auxerre, Coulanges… et le centre éducatif renforcé de Gurgy avec lesquels nous avons créé des courts métrages et des créations scéniques « De la scène à l’image et les 7 péchés capitaux » Une centaine de jeunes a participé à ce projet. La presse comme sur « les enfants des Vermiraux » en a fait écho de belle manière. (http://delascenealimage.blogspot.fr/)

En 2014, l’engouement des directeurs et des éducateurs de foyers, de centres éducatifs, instituts thérapeutiques et des acteurs en herbe nous a amené à nous lancer un nouveau défi artistique : la création d’une œuvre théâtrale classique : « La dispute.com » d’après Marivaux. (http://la-dispute-com.blogspot.fr/).

Aujourd’hui sur Nevers et sa région, nous souhaitons mettre en marche une nouvelle aventure artistique aussi ambitieuse que les précédentes sur plus d’un an avec des jeunes de centres sociaux, classe relais de l’Education Nationale, Institut thérapeutique, foyers, EPE, Maison d’arrêt…

Il s’agira d’une création théâtrale, musicale et vidéo inspirée du « Roméo et Juliette » de Shakespeare. Nous comptons confronter ces jeunes en errance, à ce texte classique, tout en les ouvrant à une création contemporaine qui leur ressemble où des libertés d’adaptation et d’écriture seront prises. Ces jeunes suivront pendant plus d’un an des ateliers d’art dramatique, de chant, de danse, vidéo, de construction de décors et costumes avant les répétitions et jusqu’à la création finale. Ils découvriront pour la première fois dans leur grande majorité le théâtre et les tournages. Ils aborderont une culture plus traditionnelle dans un mode ludique, une nouvelle manière de s’exprimer, de prendre la parole pour mettre de côté la violence qui les accompagne trop souvent, ils deviendront des acteurs à part entière. Nous ferons appel à leur exigence et à leur talent dans un cadre, à la fois ouvert, mais très contraignant. 

Lors de ces créations scéniques, les jeunes retissent un lien avec la société à travers l’équipe professionnelle et grâce à leur investissement personnel. Pour certains, ce sera l’occasion de se réconcilier avec leurs proches et leur famille qui auront un autre regard sur eux, car ces projets changent aussi le regard de l’autre. Ils retrouveront confiance, un certain calme, le travail de mémorisation et de concentration, l’immobilité, le silence, l’attente du public… qui les aideront à surmonter leurs difficultés et leurs blocages. Leur parcours scolaire s’améliore souvent durant cette période comme en témoignent les éducateurs et les jeunes eux-mêmes. Le théâtre est le lieu qui ne les montre pas du doigt dans leurs échecs mais qui leur redonne le goût du travail personnel et en groupe. Comme ce fut le cas sur « La dispute.com » quelques uns écriront des scènes, des poésies, des chansons pour cette nouvelle création et d’autres découvriront que la lecture d’un livre peut tout autant les distraire qu’une tablette internet.

Ce texte qui met en scène deux adolescents parle d’amour, de passions, de clans, de rivalités, d’exclusion… Ils se sentiront concernés. Ces jeunes ignorent qu’ils sont amènes d’aborder la complexité littéraire de Shakespeare, que les thèmes qui traversent la pièce leur seront accessibles, mais pour cela il nous faudra plus d’un an de travail en commun en partageant notre culture théâtrale.

Leur droit à la culture est un droit majeur, car il leur permet d’avancer, d’exister, de se défendre, de retrouver l’estime de soi, de progresser dans leurs études, de se découvrir des talents et pour certains, dans leur futur, peut-être un choix de vie ?

Nous souhaitons les confronter à un vrai public divers et populaire, les faire jouer dans de belles salles, leur offrir le confort de loges et d’équipements techniques de qualité, accompagnés d’une équipe de professionnels confirmée, de la mise en scène en passant par le chant, la vidéo, la danse, les décors, la peinture, les éclairages, les costumes, les maquillages… C’est pour cette raison que nous comptons créer « Roméo et Juliette » dans un théâtre de Nevers puis dans d’autres salles en Bourgogne, voire dans d’autres régions et à Paris dans un lieu prestigieux.

Nous organiserons des projections de différentes versions cinéma de « Roméo et Juliette » dont « West Side Story ». Nous en profiterons pour débattre avec les jeunes sur le théâtre de Shakespeare et les thèmes qu’il aborde, avec le savoir d’un conseiller artistique passionné par ce type de rencontres.

Certains participants dans les centres éducatifs, foyers… et dans la maison d’arrêt de Nevers risquent d’être déplacés et donc de ne pouvoir suivre les ateliers durant une année. Nous nous adapterons pour que ces derniers apportent leur touche à la création finale, soit par le biais des décors, de l’écriture de textes qui seront insérés dans la création finale ou bien par des images filmées comme lors de la création du chœur sous la direction d’Anne de Broca. Des artistes des Tréteaux de France, direction Robin Renucci, seront associés à ce projet pour la partie chant, chorégraphie, concentration...

Elise Gruau, journaliste, est en pourparlers avec France Culture pour la création de plusieurs épisodes de documentaires radiophoniques.

Des artistes invités, Bibi Naceri, Bruno Solo, Robin Renucci… engagés chacun dans des démarches proches de notre projet présenteront leur travail suivi d’un débat.

 

 Entretien avec Boris Cyrulnik dans Les Cahiers scientifiques de PNRMorvan :

« L’expérience de la production de la pièce des Enfants des Vermiraux mise en scène par Serge Sandor, c’est une belle histoire et je suis convaincu que c’est ce qu’il faut faire. Etre capable de jouer un évènement qui a été traumatisant pour des individus, pour une communauté, c’est ce qui permet de se décentrer de son histoire propre, de cesser de ruminer, et de reprendre la maîtrise de soi-même. Quand on rumine, on aggrave la blessure du passé, parce qu’on répète et c’est la définition psychanalytique de la névrose, prisonnier du passé. Quand on peut transformer la blessure en représentation théâtrale on remplace la blessure en beauté : je redeviens maître de mon monde, et moi qui ai été objet sexuel de l’agresseur, je redeviens sujet de mon roman, alors que j’étais objet sexuel de ces pulsions, c’est un changement de statut total qui peut s’opérer très vite.»