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| Marcel Maréchal fait le point
après sa première tournée sous chapiteau. |
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| Quand je réfléchis à ces premières
représentations sous le chapiteau, deux choses me viennent immédiatement
à l'esprit. La première est la sensation très forte,
physique, assez extraordinaire, de jouer dans un théâtre qui
n'est plus isolé du monde. J'ai passé ma vie dans de beaux théâtres bien clos, hermétiquement clos, des lieux totalement protégés de l'extérieur, cherchant dans cet isolement, dans ce refuge, une espèce de religiosité et vivant dans l'obsession du silence. Or, soudain, plus de refuge. Plus de silence. Plus de protection contre le monde extérieur, contre le bruit des motos, du vent ou de la grêle, sinon cette mince peau poreuse qu'est la toile de notre chapiteau. Au début, j'étais désemparé. Finalement, aujourd'hui, je trouve magnifique de jouer Arnolphe, un rôle difficile, sans se croire obligé de s'enfermer dans le silence confit d'une cathédrale culturelle, en prenant au contraire le risque de tous les imprévus dans ce lieu aléatoire où il nous est impossible d'oublier que le monde est là, autour de nous, avec son bruit et sa fureur. L'autre réaction est celle d'une grande joie. Le bonheur de retrouver chaque soir un public nouveau, curieux, motivé, chaleureux. Rien à voir avec certaines salles fatiguées et blasées, ces publics de repus aux désirs émoussés! Non. Dans ces villages - et certains ne dépassent pas cinq cents habitants, et le chapiteau de cinq cent quarante places est plein! - ou dans ces villes nouvelles autour de Paris, on a rencontré partout des publics amicaux, oui, c'est le mot, qui attendent le passage des Tréteaux comme une fête, presque un rite annuel ancré dans leur vie sociale. Ils sentent bien que ce n'est pas simplement comme "d'aller au théâtre". Ici, c'est le théâtre qui vient à eux, dans sa totalité, acteurs, salle et gradins, au milieu des vaches ou des HLM, chez eux. A la fin de la représentation, il y a souvent -c'est la tradition- un repas où les comédiens se retrouvent, non pas seuls de leur côté comme d'habitude, mais avec tous les relais du public, avec le Maire, les représentants du Conseil Général, les organisateurs, les différents acteurs culturels du coin, enfin tous ceux qui ont mouillé leur chemise pour que la soirée soit un succès. Et ainsi, aux Tréteaux, chaque soir ressemble à une première. Et ça, c'est formidable! " |
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| Des rêves pour ce théâtre "Mes rêves...Ils sont prosaïques. D'abord maintenir. Avoir l'énergie vitale de maintenir ce qui a été bâti par Jean Danet. Ce réseau de villes et de relais patiemment construit. Et, bien entendu, développer en élargissant peu à peu notre rayon d'action, en travaillant avec d'autres départements, d'autres villes, d'autres communautés de communes. Sur le plan artistique, je pense, là-aussi, qu'il faut avancer lentement. Garder dans un premier temps, disons les deux premières saisons, ce qui a été la mission originelle des Tréteaux, c'est-à-dire jouer les grands textes du répertoire dans des lieux dépourvus de théâtre. Et c'est pourquoi je monterai en 2002 Ruy Blas, de Victor Hugo. Cela dit, on imagine bien que je n'ai pas passé ma vie à faire entendre et découvrir le théâtre contemporain, à côtoyer et à défendre les Vauthier, Audiberti, Guilloux, Obaldia, Novarina et autres - car je rappelle à ceux qui l'auraient oublié que sur cent spectacles environ, j'ai dû monter seulement une dizaine de "classiques"! - pour aujourd'hui abandonner ce qui a été l'axe principal de mon travail de metteur en scène. Nous réfléchissons en ce moment à ce que pourrait être la création contemporaine aux Tréteaux. On peut la faire passer, bien sûr, par les "petites formes", et nous avons là-dessus quelques idées. Par les lectures aussi, comme celles que nous avons organisées cet été au Festival de Figeac. Mais je veux aller plus loin, et c'est pourquoi j'ai passé commande - comme je l'avais fait en d'autres temps avec Vauthier et Novarina - d'une pièce écrite spécialement pour le chapiteau, qui tiendra compte de la spécificité des Tréteaux et de leur mission. Ce sera, si Dieu le veut, notre troisième création, après Ruy Blas. J'espère seulement que nous aurons d'ici là les moyens qui nous manquent encore actuellement. Mais j'ai confiance en Madame la Ministre qui est venue elle-même sous le chapiteau le premier soir ce cette tournée, à Boulogne, saluer le départ de Jean Danet et nous soutenir de ses encouragements." |
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| ©
Marcel Maréchal, Les Tréteaux de France. Un théâtre au milieu du monde. www.treteauxdefrance.com |
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