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Une réponse à la fracture culturelle
Entretien avec Marcel Maréchal. Propos recueillis par Michel Damase. 6 juin 2002
Marcel Maréchal revient dans cet entretien sur les origines des Tréteaux
et évoque l'idée d'un 6ème Théâtre National Itinérant.Pour Marcel Maréchal, les Tréteaux de France sont un outil indispensable pour aller à la rencontre de nouveaux publics.
Jean Vilar en 1958 - Un des inspirateurs des Tréteaux de France Création des Tréteaux et décentralisation historique : quels liens ?
Comment l'utopie est-elle devenue réalité ?
Comment s'est passée la relève de Jean Danet ?
 

Gérard Philippe en 1958 - Une aventure théâtrale exemplaire Les Tréteaux de France sont-ils aujourd'hui un outil théâtral indispensable ?
Quelles sont les grandes lignes de l'action des Tréteaux de France ?
Comment obtenir les moyens de cette action?
 
Création des Tréteaux et décentralisation historique : quels liens ?
Parrainés par Jean Vilar, Gérard Philipe, Jean Rouvet, les Tréteaux de France s'inscrivent en 1959 dans l'aventure du Théâtre Populaire né à la Libération et fondé par des artistes qui pour la plupart ont vécu la guerre et la résistance : Michel Saint-Denis, Dasté,...
Il s'agissait de porter le "théâtre d'art" dans des villes, villages ou bourgs défavorisés, suivant en cela aussi l'enseignement de Jacques Copeau et des Copiaux et reprenant la première expérience du TNP de Firmin Gémier. Voilà comment naissent les Tréteaux de France qui furent comme toute aventure théâtrale une UTOPIE.
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Comment l'Utopie est-elle devenue réalité?
Les débuts des Tréteaux de France furent difficiles (saisons d'été seulement). Puis petit à petit cette utopie se concrétise, prend corps, s'inscrit dans la vie théâtrale décentralisée avec force et singularité. De multiples régions, villes et villages sont irrigués. Ainsi se crée un besoin de théâtre. De nombreuses vocations d'animateurs, de comédiens, de techniciens, de spectateurs assidus de théâtre naissent à la suite du travail de pionnier de Jean Danet et des Tréteaux.

La qualité des oeuvres proposées et la magie du chapiteau font merveille et suscitent "désirs" et vocations.

C'est l'époque glorieuse des Tréteaux de France, dans les années 60 à 80. Cette terre théâtrale labourée par les Tréteaux porte ses fruits et dans les régions et localités, traversées sans relâche par la compagnie, sont créés des théâtres, des Centres Dramatiques Nationaux ou Régionaux puis des Scènes Nationales. Ce succès même met en danger les Tréteaux de France. En effet,dans les années 80, ses terres de prédilection "initiées" se voient dotées d'équipements et d'équipes artistiques nouvelles. Il ne paraît plus nécessaire d'irriguer ou de visiter les régions défavorisées puisqu'elles ont acquis une autonomie créatrice.
Dans les années 90, le Ministère de la Culture se pose la question du maintien ou non de ce Centre Dramatique National hors norme. Deux inspecteurs de la DMDTS entreprennent une enquête. De celle-ci ressort clairement qu'il faut continuer cette expérience originale, en y apportant bien sûr les aménagements nécessaires. Jean Danet poursuit donc encore un temps son aventure. Puis vient pour lui le temps de la relève.
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Comment s'est passée la relève ?
Jean Danet C'est dans la deuxième partie des années 90 que se pose la question de la succession de Jean Danet. Différentes hypothèses sont imaginées par la DMDTS sous la direction de Dominique Wallon. Solutions peu réalistes cependant. Beaucoup de candidats se proposent à cette succession. Après ses expériences lyonnaises du Cothurne et du 8ème, de la Criée à Marseille et du Rond-Point à Paris, Marcel Maréchal envisage pour sa part d'abandonner la mission d'animateur pour se consacrer à sa carrière personnelle de comédien et de metteur en scène. C'est alors que Catherine Tasca et Sylvie Hubac l'encouragent à prendre la relève de Jean Danet. Après quelques semaines de réflexion, Marcel Maréchal accepte le pari et prend donc ses fonctions le 1er janvier 2001.

"Je pense, dit-il, sans en être sûr, qu'il y a possibilité avec cet outil de regénérer la décentralisation qui s'essouffle et s'embourgeoise."

Faisant partie avec Patrice Chéreau, Gérard Vincent, Ariane Mnouchkine de la 4ème génération d'animateurs qui ont été des défenseurs, des militants du service public et de la décentralisation (la première génération étant celle du Cartel : Dullin, Jouvet, Baty, Pitoëff ; la deuxième, celle des Dasté, Gignoux, Michel St-Denis, Monnet ; la troisième, celle des Planchon et de ses épigones), Marcel Maréchal constate que la démocratisation culturelle qu'ils ont avec plus ou moins de bonheur tenté de créer, est depuis la fin des années 80 en régression, comme le montrait récemment un sondage France-Inter / Beaux-Arts Magazine.
Il y a eu au début de cette aventure de la décentralisation la création d'un nouveau public constitué d'ouvriers, d'employés, de cadres moyens. Ce public a veilli et ne s'est pas renouvelé.

"On peut dire que le théâtre public d'aujourd'hui s'adresse à une petite bourgeoisie éclairée, celle même qui n'a pas vu venir Le Pen le 21 avril 2002."

Toute cette aventure révolutionnaire de la décentralisation des origines tourne en rond avec pourtant des moyens beaucoup plus conséquents. La profession de théâtre public est devenue une industrie culturelle qui entretient plus de fonctionnaires permanents que d'artistes, dans des structures corporatives et coûteuses. Les "professionnels de la profession", comme dirait le cher cinéaste vaudois, sont plus préoccupés de gestion que d'ouverture à de nouveaux publics et d'initiation artistique. Quelle est la place de "l'art en création" dans cette jungle de "structures" (le mot affreux !) d'accueils, de diffusion, de co-pro, de soi-disant résidences ?

" Les artistes n'ont pas besoin de cartes de résidence, ils ont besoin de cartes de travail. Les artistes aujourd'hui sont les sans-papiers de la culture bureaucratique."

Qu'est-ce que l'intermittence sinon un univers de sans papiers, fixes, sans identité régulière? Nous ne nous sommes pas battus pour une telle imposture aux origines de la décentralo!
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Les Tréteaux de France sont-ils aujourd'hui un outil de théâtre indispensable?
Marcel Maréchal répond "oui", sans aucune hésitation. C'est un outil de proximité capable de regénérer le public de théâtre subventionné et de renouer avec la démocratisation culturelle. C'est un outil apte à conquérir des terrains vierges et à porter à des populations défavorisées, aux laissées pour compte, cette merveilleuse ouverture au monde, à la joie, à la liberté qu'est la culture.
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Quelles sont les grandes lignes de l'action des Tréteaux de France ?
La première mission des Tréteaux de france est de présenter partout, dans les lieux les plus reculés, les plus défavorisés, les grandes oeuvres du répertoire national, de porter aux populations exclues de notre société de 2002 les chefs-d'oeuvre fondateurs de l'humanisme universel. Cela n'exclut pas, bien sûr, le travail qui a toujours été celui de Marcel Maréchal sur les écritures contemporaines et les auteurs vivants, mais il y a urgence, aujourd'hui, à ne pas rompre avec nos racines littéraires, avec les oeuvres du passé, avec l'histoire de notre langue. Il y a urgence à renforcer ce lien entre passé et présent, car la fracture culturelle passe aussi par là.

Il y a obligation, pour le théâtre de service public (comme pour l'école) de garder vivantes les oeuvres qui ont fondé notre langue commune.

C'était l'ambition de Jean Vilar. C'est la nôtre aujourd'hui aux Tréteaux de France.
Par ailleurs, nous entendons mener, en aval et en amont de nos créations, ce travail d'animation que les théâtres ont eu tendance à abandonner depuis quelques temps -travail d'élucidation, de dialogue et de compréhension avec des publics neufs à conquérir.
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Comment obtenir les moyens de cette action
A ce jour ces moyens de création sont nuls puisque la subvention pour les Tréteaux de France ne paie même pas l'ordre de marche de ce Centre Dramatique National original.

Pour créer, nous ne pouvons à ce jour compter que sur nos recettes..
Ce qui n'est pas logique, "voir injuste", et le Ministère de la Culture, bien conscient de ce paradoxe, cherche, dans l'avenir, les moyens de nous aider. Il a en tout cas (et cela est capital) compris le sens de notre action et soutient totalement l'aventure des Tréteaux de France.
Pour être plus trivial, les Tréteaux de France disposent à ce jour de 1,4 M d'euros de subvention mangés par l'ordre de marche du chapiteau. Il suffirait de 2,135 M d'euros pour que Les Tréteaux de France soient en mesure de développer pleinement leur action : couverture de l'ordre de marche pour cinq mois de tournée du chapiteau et amorce de moyens financiers pour l'artistique.
C'est un choix politique que les hommes politiques qui seront amenés à prendre en mains, dans les semaines qui viennent, le destin du pays devront faire clairement s'ils veulent que se poursuive et se développe cette aventure exemplaire.

Pour notre part, face aux problèmes actuels de notre société (inégalité, absence de démocratie culturelle), je crois qu'un gouvernement qui déciderait de créer à partir de la structure des Tréteaux de France un 6ème Théâtre National Itinérant ferait une oeuvre salutaire qui irait dans le sens de l'histoire que nous vivons dans le début de ces années 2000.
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© Entretien avec Marcel Maréchal, Les Tréteaux de France.
Les Tréteaux de France, une réponse à la fracture culturelle.
Propos recueillis par Michel Damase, 6 juin 2002
www.treteauxdefrance.com .
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