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Ruy Blas de Victor Hugo - Tréteaux de France


© Affiche de Julien Choquart, élève de l'Ecole Supérieure d'Art Graphique (Paris)
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Pour cette mise en scène de RUY BLAS sous le chapiteau des Tréteaux de France, Marcel Maréchal a réuni autour de lui une solide équipe de réalisation.

Le scénographe ANDRE ACQUART
, également peintre, graveur, qui a créé plus de quatre cents décors et dont la vie se confond avec l'histoire du théâtre de ces cinquante dernières années.
Collaborateur de Jean-Marie Serreau, de Roger Blin, de Jean Vilar, de Roger Planchon et de tant d'autres, on lui doit les décors historiques des Paravents et des Nègres de Jean Genet.

CLAUDIE GASTINE, qui fut longtemps collaboratrice de Lila de Nobili, de Jean-Marie Simon pour lequel elle a créé les costumes de quartorze créations, dont Peines de coeur d'une chatte anglaise.

JEAN-LUC CHANONAT, concepteur d'éclairages, qui a collaboré à presque toutes les créations de Patrice Chéreau, dont Combat de nègres et de chiens, Quai Ouest et Dans la solitude des champs de coton de Koltès, avant de travailler, entre autres, avec Luc Bondy, Harold Pinter et de créer les lumières de tous les spectacles de Marcel Maréchal depuis 1997.

FRANCOIS FAYT, pianiste et compositeur, dont les quatuors et les symphonies sont joués dans le monde entier, auteur d'un opéra L'Arbre de mai, sur un livret de Marcel Maréchal pour lequel il a déjà composé les musiques de scène du Mariage de Figaro de Beaumarchais, des Coûfontaines de Paul Claudel, des Enfants du paradis de Jacques Prévert et d'Amphytrion de Molière.

Des personnages qui prennent tous les risques et jouent à chaque seconde leur vie. Une action qui vous tient constamment en haleine. Mais aussi un immense poème. C'est tout cela ensemble, RUY BLAS, une oeuvre éclatante de jeunesse, écrite par "un poète en pleine forme". (Jean Vilar).

RUY BLAS, c'est l'histoire d'un pauvre. Un sans-le-sou.
Un jeune laquais qui se dresse face à une classe politique corrompue et parle au nom de ceux qui n'ont pas la parole : "Bon appétit! Messieurs!"

C'est aussi l'histoire d'un amour passionné. L'amour fou de Ruy Blas et d'une jeune reine que l'on tient enfermée entre les murs-prison du palais. L'histoire d'un "ver de terre amoureux d'une étoile"... Et cette passion emportera tout comme un torrent.

Il me paraissait évident que, dans le cadre du bicentaire de la naissance de Victor Hugo, cette grande pièce populaire devait être jouée sous le chapiteau des Tréteaux de France. C'est sa place naturelle. Ainsi sera portée à travers la France, dans les coins les plus reculés, la parole du poète.

Pour moi, mettre en scène RUY BLAS, c'est poursuivre le dialogue avec les écrivains que j'aime, tous ceux qui, comme Hugo, ont le souffle large et savent mêler dans un même élan le grotesque et le sublime.

Générique
mise en scène Marcel Maréchal
décor André Acquart
costumes Claudie Gastine
lumière Jean-Luc Chanonat
composition musicale François Fayt
assistant Michel Demiautte
avec  
Mathias Maréchal Ruy Blas
Flore Grimaud Dona Maria de Neubourg, reine d'Espagne
Sophie Caffarel Casilda, un page
Dominique Foucher Don Antonio Ubilla, la duchesse d'Albuquerque
Sylvie Vigny Alguazil, une duègne, un ministre, un valet
Jacques Angeniol Don Guritan, Montazgo, un huissier
Olivier Breitman Don César de Bazan, Don Manuel Arias, une duègne
Antony Cochin Le marquis Santa Cruz, Covendenga, l'Alcade
Michel Demiautte Gudiel, le comte Albe, Le marquis Priego, la Duègne
Philippe Escande Le marquis Del Basto, Camporeal, un laquais
Marcel Maréchal Don Salluste de Bazan
   
production Tréteaux de France Marcel Maréchal

 

Dossier de presse
Ruy Blas de Victor Hugo
RUY BLAS est la deuxième pièce de Victor Hugo que je mets en scène puisque j'avais déjà monté à Lyon Mille Francs de récompense, où je jouais Glapieu, frère lointain de César de Bazan. Mais entre Hugo et moi, c'est une vieille histoire. J'étais tout jeune homme et je me souviens -ce devait être ma première "mise en scène" - qu'avec des copains on avait monté, dans un décor de couvertures grises et de journaux découpés, Les Pauvres Gens, ce magnifique poème de La Légende des Siècles. Encore aujourd'hui, les seuls vers que je connaisse par coeur sont de Victor hugo. Il y a eu aussi le livre d'Aragon "Avez-vous lu Victor Hugo ?" qui m'avait touché au coeur et de nouveau rapproché d'un poète qu'il était souvent de bon ton, à une certaine époque, de mépriser.

Et puis Audiberti, bien sûr, qui a tant compté pour moi et qui fut un hugolâtre émerveillé et lucide. Et puis, les élisabéthains, et Vautier qui voulaient" souder son siècle à celui d'Elisabeth". Autant de phares sur le chemin qui me mène aujourd'hui à RUY BLAS.

L'action de RUY BLAS plonge ses racines dans l'histoire d'une nation - l'Espagne à la fin du XVIIème siècle - mais ce pourrait être n'importe quelle nation chancelante, quand "le haut de la société s'abâtardit et dégénère" et que "chacun devine que la fin arrive"*.
La pièce met en scène des hauts personnages de l'Etat. Les uns, sentant que le temps presse, se dépêchent de prendre les meilleures places et de se remplir les poches. Les autres, dégoûtés, abandonnent les affaires et rentrent chez eux, dilapidant leurs biens en fêtes et en folies. "La fin du monde approche. Il faut s'étourdir, fermer les yeux, boire, aimer, jouir. Qui sait? A-t-on même un an devant soi?". Ruinés, ils se font aventuriers.

Au-dessous de cette classe politique en décomposition, quelque chose remue dans l'ombre, "quelque chose de grand, de sombre, et d'inconnu". C'est le peuple "qui a l'avenir et n'a pas de présent". Le peuple, "ayant sur le dos les marques de la servitude et dans le coeur, les préméditations du génie". C'est RUY BLAS.... RUY BLAS , le laquais, qui prendra la parole et parlera au nom de ceux qui ne sont encore que silence."Bon appétit! Messieurs!"

Mais ce drame ne serait rien sans la passion, sans l'amour fou qui vivifie et emporte tout comme un torrent. L'amour de Ruy Blas et de la Reine. D'un "ver de terre amoureux d'une étoile"... Pour moi, la Reine occupe dans RUY BLAS une place centrale. Elle est le lien, le liant entre la politique et la passion. Elle apparaît comme une pure et lumineuse créature. On est sous le charme, tous un peu amoureux d'elle. Elle est de ces femmes, stars ou figures royales, dont la vie et les amours nous font rêver - et parfois pleurer...

Ce qui nous touche aussi dans cette oeuvre, c'est que tous les personages ont une faille, une fêlure. Ils sont tous étrangers au bonheur et, à leur façon, des exilés. RUY BLAS est l'exil même puisqu'il est le peuple. La Reine est une étrangère qui rêve de son pays natal. Le Roi est absent du pouvoir et il chasse le loup. Don Salluste a été banni par la Reine et s'est enfermé dans sa vengeance. Don César n'a plus de racines puisqu'il a renié sa classe et ne fera jamais partie du peuple dans lequel il s'est refugié. Jusqu'à ce vieux Guritan, héron tournant comiquement autour de la Reine en exil de l'amour... Au fond, c'est peut-être cela qu'on appelle le romantisme, cet exil et cette aspiration à un bonheur impossible.
Dans RUY BLAS, les personnages prennent tous les risques, jouent constamment leur vie. D'où, et cela me frappe beaucoup, une action qui ne faiblit jamis, un modèle de scénario merveilleusement construit et qui nous tient en haleine.

Enfin, il y a le poème, bien sûr, immense poème. Rythme, musicalité, richesse ruisselante des mots, tout est splendide dans cette oeuvre.

Si j'ai choisi RUY BLAS pour ma deuxième création sous le chapiteau des Tréteaux de France, c'est aussi parce que je sens un lien profond entre la mission de ce Centre Dramatique National qui ne ressemble à aucun autre et celle que Hugo assignait au poète.

Les Tréteaux de France, c'est un peu comme une petite Comédie-Française itinérante. Ils ont pour mission première de porter les grandes oeuvres du répertoire universel aux laissés pour compte, à tous ceux, justement, qui n'ont pas la parole et pour qui le théâtre fait partie d'un monde lointain, étranger. Il m'a donc paru évident que dans le cadre du bicentaire d'un homme qui avit écrit L'Année terrible, Les Caves de Lille, Les Misérables ou L'Homme qui rit, il fallait absolument jouer sous le chapiteau RUY BLAS, cette grande pièce citoyenne et populaire. Car c'est sa place naturelle.

Autre choix important : celui de réunir une jeune troupe de douze comédiens et comédiennes seulement qui tiendront chacun plusieurs rôles et de demander à André Acquart, le scénographe des Paravents et des Nègres, de créer le décor. Les Tréteaux m'offrent la chance de revenir à la liberté de l'espace et à la naïveté du jeu. De revenir à un théâtre "pauvre", forain, débarrassé des esthétismes glacés qui finissent par étouffer le texte et tuer la vie. Or, c'est la vie que je veux faire passer das ce RUY BLAS.

RUY BLAS est une pièce éclatant de jeunesse, de passion écrite par un jeune "poète en pleine forme", comme dit Jean Vilar, et c'est ce mouvement de la passion et de la jeunesse que je veux d'abord faire sentir, ressentir.
Marcel Maréchal
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© Service de presse des Tréteaux de France, Juin 2002. Marie-Hélène Brian.