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| Je tourne depuis des années autour de L'Ecole des
femmes.J'adore ce texte pour ce qu'il est : un fabliau, un conte truculent,
cruel, sensuel, émouvant. Je l'aime aussi pour des raisons plus intimes,
que j'ai déjà explorées dans Le Malade imaginaire.
Argan et Arnolphe, tous deux, sont en présence d'enfants. Des petites
filles qui "savent tout", non seulement parce que leur"petit-doigt"
leur a tout dit, mais parce que, d'instinct, elles ont une compréhension
du monde qui fascine les hommes, empêtrés qu'ils sont, Argan
dans son corps, Arnolphe,dans ses codes. Arnolphe, au contact de ce jeune être féminin veut se vivifier, plus peut-être : se ressusciter. Car il est d'une certaine manière un mort-vivant. Dans L'Ecole des femmes, Molière met en marche tout un rapport à la femme qui me passionne, comme, on le pense, il passionna Molière. On le voit bien dans cette oeuvre insondable qu'il faudrait rebaptiser "La Leçon d'une femme". La leçon d'une femme entre toutes les femmes, faudrait-il ajouter. Agnès est unique. C'est un être inspiré qui sait tout alors qu'on a tout fait pour qu'elle ne sache rien. Elle échappe à la malhonnêteté, à la laideur, à la bêtise. Et surtout, scandale majeur pour l'époque, elle sait sans l'avoir appris ce qu'est le plaisir. En ce sens, L'Ecole des femmes est une oeuvre sur le désir. Une oeuvre provocatrice, où une enfant-femme donne la leçon à un homme qui a cru devoir se garder vierge pour mieux conquérir son jeune "bijou". Le drame d'Arnolphe, c'est qu'au fil des répliques, de plus en plus vieux et triste, il va découvrir la "rareté" d'Agnès. Rareté, il en a la prescience, qu'il va se faire voler. Arnolphe ne sait pas, n'a jamais su ce qu'était une femme. En fait, il apprend à ses dépends qu'on ne peut pas faire "l'école des femmes". On peut seulement rencontrer -ou non- une femme. Il poursuit une illusion, un rêve impossible. Il est l'amant imaginaire, comme l'autre, son compère, était le malade imaginaire. |
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| ©
Marcel Maréchal, Les Tréteaux de France. L'Ecole des femmes - Saison sous chapiteau 2001/2002 www.treteauxdefrance.com |
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