Tréteaux de France et théâtre sous chapiteau Les Tréteaux de France • Marcel Maréchal • Centre Dramatique National • Théâtre sous chapiteau-Juin 2001


de Marcel Maréchal

Je tourne depuis des années autour de L'Ecole des femmes.J'adore ce texte pour ce qu'il est : un fabliau, un conte truculent, cruel, sensuel, émouvant. Je l'aime aussi pour des raisons plus intimes, que j'ai déjà explorées dans Le Malade imaginaire. Argan et Arnolphe, tous deux, sont en présence d'enfants. Des petites filles qui "savent tout", non seulement parce que leur"petit-doigt" leur a tout dit, mais parce que, d'instinct, elles ont une compréhension du monde qui fascine les hommes, empêtrés qu'ils sont, Argan dans son corps, Arnolphe,dans ses codes.

Arnolphe, au contact de ce jeune être féminin veut se vivifier, plus peut-être : se ressusciter. Car il est d'une certaine manière un mort-vivant. Dans L'Ecole des femmes, Molière met en marche tout un rapport à la femme qui me passionne, comme, on le pense, il passionna Molière. On le voit bien dans cette oeuvre insondable qu'il faudrait rebaptiser "La Leçon d'une femme". La leçon d'une femme entre toutes les femmes, faudrait-il ajouter.

Agnès est unique. C'est un être inspiré qui sait tout alors qu'on a tout fait pour qu'elle ne sache rien. Elle échappe à la malhonnêteté, à la laideur, à la bêtise. Et surtout, scandale majeur pour l'époque, elle sait sans l'avoir appris ce qu'est le plaisir. En ce sens, L'Ecole des femmes est une oeuvre sur le désir. Une oeuvre provocatrice, où une enfant-femme donne la leçon à un homme qui a cru devoir se garder vierge pour mieux conquérir son jeune "bijou". Le drame d'Arnolphe, c'est qu'au fil des répliques, de plus en plus vieux et triste, il va découvrir la "rareté" d'Agnès. Rareté, il en a la prescience, qu'il va se faire voler.

Arnolphe ne sait pas, n'a jamais su ce qu'était une femme. En fait, il apprend à ses dépends qu'on ne peut pas faire "l'école des femmes". On peut seulement rencontrer -ou non- une femme. Il poursuit une illusion, un rêve impossible. Il est l'amant imaginaire, comme l'autre, son compère, était le malade imaginaire.
PRESSE

Michel Cournot - Le Monde

L'intelligence et l'art de cette présentation de L'Ecole des femmes suscitent chez le spectateur, une vague de bonheur d'une étrange finesse.Deux heures de merveille ont donné un plaisir beau...L'Arnolphe de Maréchal se maintient juste sur la limite fragile, sensible, iréelle, du rire et de la souffrance.
Jean-François Josselin -
Le Nouvel Observateur

Marcel Maréchal n'a pas raté son coup : il nous invite, avec souplesse et détermination, à devenir complice de son spectacle.

Jean Mambrino - Etudes

Le charme de cette mise en scène vient de la balance que Marcel Maréchal sait garder entre la drôlerie et l'émotion...Il est émouvant de penser que dans les plus petits villages de France on entendra grâce à lui et à ses Tréteaux de france la voix de Molière, comme lorque celui-ci rayonnait durant sa jeunesse, avec son chariot bourré de comédiens, dans la poussière des chemins de Provence.
Jean-Louis Jeener - Figaroscope

Un spectacle attachant, intelligent, plein de coeur et de finesse.
Jean-Pierre Leonardini - L'Humanité

Le grotesque s'enfle jusqu'à la baudruche et l'on touche alors aux profondeurs de la passion malheureuse.
Pierre Marcabru - Le Point

Comédien de l'extrême, Marcel Maréchal vit dangereusement le théâtre. C'est un Tabarin à qui il aurait poussé des ailes. Tout son jeu, populaire et franc, est immédiatement perceptible, sans fioritures intellectuelles, une rêverie perpétuelle, un émerveillement. C'est cet émerveillement qu'il nous communique, nous rendant à l'enfance qui est au coeur du théâtre.



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Molière et Maréchal

Il y a entre Molière et Marcel Maréchal une connivence d'esprit et de coeur née du rapport quotidien à la réalité de la scène. Molière, comme Shakespeare, n'écrit pas d'une tour d'ivoire lointaine, mais de l'intérieur d'un théâtre que soir après soir il doit faire vivre. Il a présents en lui non seulement ses rêves, ses monstres secrets, mais le visage de chacun de ses comédiens auquel il doit donner pitance et l'état de ses recettes qui lui rappelle que le public lui pardonne tout, sauf l'ennui.
Marcel Maréchal, lui-même acteur et chef de troupe confronté depuis ses débuts à la réalité d'un théâtre, a mis en scène et joué cinq textes de Molière : Le Malade imaginaire, Les Fourberies de Scapin, L'Ecole des femmes, Dom Juan (dont il avait déjà interprété le rôle de Sganarelle sous la direction de Patrice Chéreau) et Le Tartuffe.
Deux de ces spectacles ont obtenu un Molière : Le Malade imaginaire et L'Ecole des femmes.
"Comme la plupart des comédiens français, écrit Marcel Maréchal, j'aime Molière comme l'enfant aime sa mère. Comme la mère, on sait d'instinct que c'est Molière qui nous commença, qui nous façonna. Le monde du théâtre avec ses nuits, ses terreurs est là. Au milieu de ce chaos, Molière est riche de refuges. Il brille d'une "lumière amicale" qui prévient la ténèbre, conjure l'avenir inquiet.
Molière est notre enfance du théâtre, à nous autres comédiens. Pour Rilke, notre destin est "condensé dans l'enfance". Il est donc nécessaire, à des moments précis de notre vie de comédien, de plonger dans l'amour de ce qui nous a précédé, dans cette forêt vierge des aïeux en nous, ce sang tellement plus ancien que nous...
"

mise en scèneMarcel Maréchal
assisté deMichel Demiautte
décorNicolas Sire
costumesréalisés sous la direction de Claude Barré
d'après les maquettes dePatrice Cauchetier
lumièresJean-Luc Chanonat
  
avec 
Flore GrimaudAgnès, jeune fille innocente, élevée par Arnolphe
Marie-Claude MestralGeorgette, paysanne, servante d'Arnolphe
Gérard BerregardOronte, père d'Orace et grand ami d'Arnolphe
François CognardChrysalde, ami d'Arnolphe
Michel DemiautteLe Notaire, Enrique, beau-frère de Chrysalde
Richard GuedjAlain, paysan, valet d'Arnolphe
Marcel MaréchalArnolphe, autrement M. de la Souche
Daniel San PedroHorace, amant d'Agnès
  
productionTréteaux de France Marcel Maréchal

de François Bourgeat
La querelle de L'Ecole des femmes va durer deux ans. Deux ans à se faire attaquer, moquer, insulter.

En 1662, Molière a 40 ans. Comme Chaplin avec Charlot, il a créé avec Sganarelle un "type", un personnage fait d'emprunts multiples mais qui, de pièce en pièce, acquiert une véritable originalité. Public et gazettes louent en Molière le plus grand bouffon que la France ait connu, plus grand que Scaramouche lui-même. Le jeune Louis XIV l'aime et le protège. Les Grands l'invitent chez eux. Il n'a pas encore écrit une seule de ses "grandes comédies" et déjà sa gloire d'acteur est immense.

En février 1662, il épouse Armande Béjart. Elle a 20 ans de moins que lui. C'est la soeur de Madeleine, sa première compagne, l'initiatrice, la fidèle des fidèles.
Durant quinze mois, il n'a offert aucune création à son public qui commence à se poser des questions. Et puis, le 26 décembre 1662, c'est la première de L'Ecole des femmes, un tournant dans la vie et l'oeuvre de Molière.

Le succès est immédiat. Molière vient d'écrire un chef d'oeuvre. Il a osé s'évader de l'univers mécanique de la farce. On ne lui pardonnera pas.
Ecoutons Boulgakov : "La pièce fut admirablement jouée par Molière dans le rôle d'Arnolphe et par Brécourt qui se tailla un succès exceptionnel en interprétant le valet Alain. Toutes les manifestations auxquelles avait donné lieu la sortie des précédentes pièces de Molière furent totalement éclipsées par celles qui suivirent la première de L'Ecole des femmes. Tout d'abord cette première débuta par un scandale. Un certain Plapisson, vieil habitué des salons parisiens, fut atteint jusqu'au fond de son être par le contenu de la pièce. Assis sur la scène, il tournait à chaque pointe ou jeu de scène son visage empourpré par la rage vers le parterre et criait :
 - Ris donc, parterre! Ris!
    Et il montrait en même temps le poing aux spectateurs. Naturellement, son intervention porta à des sommets les rires du parterre.

La pièce plut beaucoup au public, et, à la deuxième représentation ainsi qu'aux suivantes, l'affluence fut telles que les recettes atteignirent le chiffre record de mille cinq cents livres par soirée
". (Le Roman de Monsieur Molière, de Mikhaïl Boulgakov - éd. Gérard Lebovici)

Commence alors ce que l'on appellera "La querelle de L'Ecole des femmes".

Le triomphe de la pièce en est le premier prétexte. Il rend fous de jalousie les comédiens des autres troupes, en particulier les Grands Comédiens de l'Hôtel de Bourgogne, spécialistes de la tragédie, qui voient le public déserter leur théâtre pour courir au Palais-Royal. Ce sont eux qui lancent les premières flèches, relayées aussitôt par les salons à la mode. On n'admet pas que Molière sorte des limites de la farce et brouille les frontières entre tragédie et comique. Peut-être aussi devine-t-on que le fils du tapissier, d'un coup, a dépassé tout le monde en s'aventurant, tel un funambule, sur le fil tendu entre comédie et tragédie.
Mais ce sont les thèmes même de L'Ecole des femmes qui vont surtout exciter la haine. Remettre en question le mariage bourgeois, fondé sur la "tout puissance" des mâles, est déjà imprudent. Beaucoup plus audacieux encore est de dire, et sans ambage, que le désir, l'amour, la sensualité sont choses naturelles comme est naturelle la revendication du plaisir.

"Voilà deux êtres, écrit Alfred Simon, métamorphosés, transfigurés, révélés à eux-mêmes par une expérience foudroyante. Arnolphe ne peut pas plus s'empêcher d'aimer Agnès que celle-ci Horace. L'amour passion enchaîne Arnolphe dans la jalousie mais libère Agnès..."
( Molière, une vie, d'Alfred simon (Ed. La Manufacture)... Propos qui rejoignent ceux de Marcel Maréchal : " Le geôlier a quitté la prison, l'espace d'un souffle, le gros matou noir s'est permis une courte cavale. Cela a suffit au "petit chat" pour mourir et à Agnès pour naître à la vie. Sublime morale de cette pièce -qualifiée d'"obscène" en son temps- qui, avant Freud, Foucault et les autres, veut croire que le désir est plus fort que la mort ". ( Préface de l'édition de L'Ecole des femmes au Livre de Poche).
L'Ecole des femmes : un hymne à l'amour-passion, à la liberté de l'amour. Il y avait en effet de quoi faire s'étrangler de rage tous les bien-pensants...

Molière répond à sa façon, en artiste. Il donne coup sur coup deux chefs-d'oeuvre à son public et à ses ennemis : La Critique de l'école des femmes et surtout L'Impromptu de Versailles, où il se met lui-même en scène et revendique de nouveau le droit au plaisir. Au plaisir du spectateur.

La "querelle" de L'Ecole des femmes est à peine achevée qu'éclate l'affaire Tartuffe. Puis Dom Juan... Le combat de Molière a commencé. Il y laissera sa peau.